III - LA DOUCEUR



La douceur vis-à-vis de soi-même et des autres est une réelle force. La faculté de persévérence la rend encore plus parfaite. Seuls les gens avancés dans la pratique des vertus sont capables d'être vraiment doux. Ils sont en mesure de réfréner la passion de la violence. Ils conservent leur équilibre mental. Tel était Jésus, doux envers ses amis et ses adversaires.

"L'humilité nous rends parfaits pour Dieu, et la douceur parfaits pour notre prochain", nous dit François de Sales (IVD). Selon lui, la douceur et l'humilité sont le "Saint-Chrême mystique".  Replacé dans le contexte salésien: "Rien par la force, tout par la douceur" (EA XIII). La douceur est une valeur qui nous permet d'être compatissant et humain.

"Rien par la force, tout par la douceur", ce mot d'ordre peut désarmer la violence et toucher presque tout le monde.

Gagnons plutôt des pénitents par la douceur que des hypocrites par la sévérité.

1. SOYONS DOUX
 
Jean-Paul Sartre (1905-1980), pessimiste athée, disait: "L'enfer c'est les autres". Nous pouvons trouver un relent d'enfer chez tout le monde; nous pouvons être confrontés à des insultes, des reniements et des fautes qui fâchent tout le monde. Mais tout n'est pas dit. Chaque être humain est fondamentalement bon. La capacité et la disposition à aimer est innée en chacun. Là où l'amour est authentique s'épanouit la douceur. L'amour tue l'hostilité. La douceur ne se donne pas en spectacle. La douceur et l'humilité s'accordent harmonieusement.
La douceur vient en tête des petites vertus de Saint François de Sales. Durant vingt-cinq années il a lutté pour devenir une personne douce. Sa détermination et sa persévérance ont fait de lui le "saint gentilhomme". À ses yeux, rien n'était plus fort que la douceur, rien n'était plus doux que la force (EA IV).
 Mahatma Gandhi (1869-1948), père de la non-violence, fut un parangon de douceur. Il n'approuvait pas la vengeance. La non-violence était son arme politique. La violence peut se propager comme un feu non maîtrisé et détruire le monde entier. Mais la douceur engendre le guerrier spirituel. La douceur pourra vous gagner des amis; la bonté aimante peut sauver l'humanité. "L'esprit de douceur est l'Esprit de Dieu..." (EA).

2. LA PAROLE DE DIEU


La Bible nous présente un homme d'une extrême douceur: Abraham. "Si tu vas à droite, j'irai à gauche" (Gen 13:19). Il aimait la liberté de choix. Nous trouvons de même un esprit de douceur dans le Livre de Job: "Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris" (Job 1:21).
La douceur est la qualité par excellence d'un chef. Jésus disait: "Venez à moi, vous tous qui peinez sous le fardeau, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos pour vos âmes " (Mt 11: 28-29). L'orgueil se cache derrière un masque tandis que l'humilité révèle la vérité. La douceur et l'humilité sont sœurs.
Jésus témoignait sa douceur aux enfants, aux femmes et aux opprimés de la société. Il est venu donner du repos aux accablés (Mk 11:13-16). La Vierge Marie est un bon exemple de douceur: " Je suis la servante du Seigneur."  L'histoire du père miséricordieux dans l'évangile de Luc (15: 11-32) est une illustration touchante de la douceur. "Bienheureux les doux, car ils hériteront de la terre " (Mt 5:5).
Saint Paul nous exhorte: "En toute humilité et douceur et avec patience, supportez-vous les uns les autres dans la charité" (Eph 4:2). Revêtez-vous de miséricorde, de bonté, d'humilité, de douceur et de patience, supportez-vous et pardonnez-vous réciproquement vos griefs, comme le Christ l'a fait " (Col 3:12-13).
La douceur est un art de vivre civilisé. C'est une qualité inhérente à l'homme: la douceur envers soi-même et envers autrui.  Il enjoint les Corinthiens de suivre Jésus à l'exemple de Paul lui-même. "Moi, Paul, je vous prie par la bonté et la douceur du Christ, - moi, humble d'apparence quand je suis au milieu de vous, et plein de hardiesse à votre égard quand je suis éloigné!" (2 Cor 10:1).
La douceur commande le respect. La douceur est puissance. Ni l'argent ni la richesse ne peuvent s'y substituer. Aspergez simplement vos relations de charité et de douceur, nous dit St Paul: Que votre douceur soit connue de tous (Phil 4:5). On peut gagner même une personne fâchée par la douceur.
St Paul énumère les fruits de l'Esprit: "charité, joie, paix, patience, bonté, gentillesse, fidélité, douceur, maîtrise de soi" (Col 3:12). Et dans sa première lettre aux Corinthiens il déclare: " L'amour est doux, patient et bon (1 Cor 13: 4-6). Er à Timothée il dira: "Toi, homme de Dieu, recherche la justice, la sainteté, la foi, la charité, la persévérence et la douceur" (1Tim 6:11), tout en le mettant en garde avec douceur (2Tim 2: 24-25).
La douceur peut opérer des miracles, car elle est la clé de l'amitié. La douceur est une force mentale qui exprime la déférence et la politesse. La douceur de la nature est apte à nous instruire. Observez la beauté et la sérénité du soleil couchant qui décline silencieusement. Le délicat toucher de Dieu imprègne tout l'univers. 


3. LES PAROLES DE FRANCOIS


François utilise le terme de "douceur" compris dans le sens de gentillesse, humilité.  On pratique au mieux l'imitation du Christ  avec un cœur doux comme celui de Jésus. François nous exhorte à la douceur envers nous-mêmes et envers les autres.

Bien qu'elle fût frappante, la douceur de François n'était pas une qualité innée en lui. Il l'avait acquise à force de la pratiquer. Comme il l'écrivait, sa grande maxime était: "Douceur du cœur envers son prochain, humilité du cœur devant Dieu" (EA XIII). Vincent de Paul fit cette remarque appropriée: "Pour que François ait été si bon, quelle doit être la bonté de Dieu!"
La douceur envers nos prochains est un remède efficace contre la colère. François part d'une image pour montrer le degré de qualité de la douceur:
"Le Saint-Chrême utilisé suivant la tradition par l'Église de Dieu pour les confirmations et les consécrations est composé d'huile d'olive mélangée à un baume... L'humilité nous rend parfaits devant Dieu et la douceur envers notre prochain. Le baume qui, comme je l'ai mentionné plus tôt, se dépose toujours plus au fond que tous les autres liquides symbolise l'humilité. L'huile d'olive, qui flotte toujours à la surface, symbolise la douceur et la bonté qui, étant la fleur de la charité, s'élève au-dessus de toutes choses et domine toutes les vertus. Selon Saint Bernard, la charité atteint sa perfection quand elle n'est pas seulement patiente mais aussi douce et humble" (IVD). 
François dit que nous devons "nous abstenir d'un mécontentement exprimé rudement, sur un ton déplaisant, triste et fâché" (IVD). Recourir à des paroles dures, être sombre et fâché parce qu'on a été déçu ne favorise pas la croissance spirituelle. Quand nous mettons en pratique la douceur, François nous avertit de ne jamais être fâchés contre nous-mêmes à cause de nos imperfections parce que nous-mêmes justement sommes concernés (IVD). Nous devrions plutôt rester calmes et nous laisser guider par la raison et la tranquillité.
"Corrigeons-nous de préférence par un calme repentir plutôt que par un repentir brutal, emporté et furieux (IVD). Bien plutôt, la douceur envers soi-même et les autres ainsi qu'un cœur humble devant Dieu mènent à la perfection. La douceur renforce la pratique de l'humilité et nous rend agréables aux gens." De même que l'humilité nous rend parfaits pour Dieu, de même la douceur nous rend parfaits pour notre prochain (IVD).

Ici François met en harmonie l'humilité et la douceur. Si l'humilité et la douceur sont bonnes et authentiques, elles nous garantissent contre les emportements et les passions que les insultes provoquent habituellement dans nos cœurs. Si le fait d'être mordus et piqués par des détracteurs et des ennemis nous rend fiers, gonflés d'orgueil et furieux, voilà un signe certain que notre humilité et notre douceur ne sont pas vraies et sincères mais artificielles et d'apparence (IVD). La pratique des vertus de patience, douceur et humilité sont les ingrédients essentiels de la perfection en charité (IVD).
" La douceur, l'amour de notre abjection, l'humilité, l'amour de la charité et la cordialité envers les autres sont les vertus dont la pratique liée à l'obéissance devraient nous être commune à tous. Celles-ci sont d'autant plus nécessaires que nous avons souvent l'occasion de les mettre en pratique (IVD). Inspiré par ces paroles de Jésus: "Venez à moi, vous tous qui peinez sous le fardeau, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes" (Mt 11: 28-29), Saint François de Sales a proposé une thèse touchante sur la douceur.
La douceur et l'humilité sont les fondements de la sainteté. "Il n'est rien de plus fort que la douceur; rien de plus doux que la vraie force " (EA IV) "Rien ne calme aussi vite un éléphant furieux que la vue d'un petit agneau, et rien ne brise la force de boulets de canon aussi facilement que la laine (IVD).
La douceur est particulièrement pertinente pour les personnes, les familles et les sociétés confrontées à notre monde de violence. La douceur peut émouvoir des personnes, même vos ennemis. La douceur peut transformer même nos ennemis et en faire nos amis. Si vous êtes doux envers vous-même, il vous sera plus facile d'être doux envers autrui.
La colère, la peur, la tristesse et la joie sont le lot de tout un chacun. Mais n'oubliez pas ceci: n'allez jamais vous coucher fâché, détournez votre vengeance.


4. LA PRATIQUE QUOTIDIENNE 



La douceur est une vertu qui nous fortifie et qui canalise positivement cette force pour engendrer la paix. La douceur nous aide à mener une vie de modération et d'équilibre même en temps de crise.
Il est important d'engranger bonté et miséricorde et d'être doux en paroles et en actes. C'est un art de vivre efficace au cœur des épreuves et des souffrances de notre trépidante vie moderne. Au lieu de se laisser envahir par le stress ou frustrés de nos manquements, François nous conseille " d'élever doucement nos cœurs dans un esprit de douceur en vue d'acquérir le cœur dont nous avons besoin" (IVD).
La douceur est aussi une question de choix. Décidez d'être doux; comprenez que par la douceur et l'humilité notre monde fragile se trouve porté sur de forts courants spirituels.

La douceur envers soi-même implique aussi la modération dans notre vie émotionnelle; par notre aptitude à user de nos paroles et gestes avec componction, en acceptant nos imperfections et celles d'autrui au cœur de l'épreuve et de l'erreur, nous aurons déjà parcouru beaucoup de chemin.
Quand l'animosité entre Catholiques et Protestants était à son comble, François manifestait une grande prudence et beaucoup de douceur. Il disait; "Que votre camp soit le camp de Dieu... C'est par la faim et la soif endurées non par nos adversaires mais par nous-mêmes que nous devons repousser l'ennemi... " (EA VII).
Jetant les yeux sur le mur de Genève, symbole de l'hostilité qui séparait les Catholiques des Protestants, François s'exclamait: "Nous devons abattre le mur de Genève par l'amour et non par la violence" (AE VII).
Les gens avisés sont généralement doux. La douceur envers soi-même et envers autrui est la clé du Ciel. La douceur, comme trait de caractère chrétien, nous rend capables de mettre l'accent sur la sensibilité de l'autre. Optez pour la douceur plutôt que pour l'impulsivité qui n'est pas un principe convainquant. N'est-il pas "mieux de vivre sans colère que de prétendre en faire un usage modéré et discret? " (IVD)
J'ajouterai: Dominez votre colère au lieu de vous laisser dominer par elle. Pensez seulement à la critique ou aux corrections que vous faites. Si vous les faites avec douceur et charité, elles seront d'un bien plus grand effet que faites avec colère et emportement, lesquels pourraient aussi entraîner les autres à la colère et à l'emportement. Tout le monde sait que la nature humaine est faible. Le péché reste un péché, la faiblesse est faible, et l'infirmité reste infirmité. En toutes situations, détestez de toutes vos forces votre état de pécheur, et revêtez l'armure des petites vertus (IVD).
La douceur, c'est la vraie charité. "Tout par amour, rien par la force, aimez l'obéissance plutôt que de craindre la désobéissance" (EA XII). Ceci devrait être la règle de base d'un cœur doux et obéissant.
La douceur est prompte à pardonner; elle protège celui qui est vulnérable de sorte que ses sentiments blessés se remettent plus vite. La douceur est souvent rejetée comme signe de faiblesse. Elle est pourtant d'une grande valeur et l'on pourrait souvent la traduire par "être gentil".
Soyez doux et ne donnez jamais à personne la chance de gâcher votre temps et votre énergie. Ainsi, personne ne pourra vous faire vieillir plus vite; alors que par la douceur vous pourrez toujours en ressortir neuf et rafraîchi.
Mettez en pratique la douceur. Elle ne vous apportera pas seulement la tranquillité, mais elle vous ouvrira aussi de nouvelles portes d'amour et d'amitié.

  •     Comment est-ce que je réagis aux fautes des autres?

  • ·   Comment puis-je mettre en pratique les recommandations de François de Sales d'être doux dans ma communauté de vie?

  • ·   Quelles sont les mesures concrètes que je prends pour être bien disposé(e) envers mes frères et sœurs?

IV - LA SIMPLICITÉ

La simplicité n'est pas simple beauté; elle est pureté et tempérance. Elle est la porte du Ciel. Le pouvoir de la simplicité est terrible parce que la simplicité est vérité. La vie, en elle-même est simple et belle mais nous la rendons confuse en la compliquant. La simplicité est l'opposé de l'extravagance et de l'exagération. Elle révèle l'essence de la réalité telle qu'elle est, et non telle que le donnent à croire les phénomènes. Elle consiste à négliger les bizarreries et à souligner le nécessaire. La simplicité, qui pourtant semble simple, est difficile à vivre du fait que nous rendons la vie alambiquée et compliquée.

1. LA SIMPLICITÉ, MESURE DE LA VALEUR

La simplicité est une qualité fondamentale qui permet de mesurer la véritable valeur des choses. C'est une qualité intérieure, une disposition d'esprit et de cœur centrées sur Dieu avec une attention particulière. Elle est pureté d'intention envers Dieu et esprit de dévouement envers nos frères et sœurs. Dans un monde empoisonné par la passion des possessions et l'accumulation de biens matériels la simplicité peut faire grandement contrepoids.
La simplicité est un critère d'évaluation des valeurs parce qu'elle est tout simplement divine. Dieu est simple, un et pur. Dieu est " esprit de simplification". La simplicité est une vertu glorieuse. Elle révèle ce que vous êtes et qui vous êtes. Toute chose expliquée simplement est limpide et compréhensible.
Les enfants sont simples, leur langage et leurs gestes sont candides.  Ils sont directs dans leurs actions et leurs réactions; ils croient ce qu'on leur dit. On le remarque à toute l'attention qu'ils portent à leur jeux par exemple.
L'absolu de leur amour et de leur but rend les enfants insouciants et attendrissants.  Ils connaissent l'art de vivre au jour le jour. seul les simples ont la capacité de saisir les mystères du royaume de Dieu. (Mt 11:25-26) La simplicité ouvre une porte en or à la révélation de Dieu.
La simplicité implique une vie sans malice. Les âmes simples n'ont pas de motivations cachées ni d'agendas.  Les gens simples préfèrent faire peu de choses mais bien plutôt que d'entreprendre une variété de choses qu'ils laisseront inachevées. La simplicité dit "oui" quand c'est oui et "non" quand c'est non. (Mt 5:37)  Les simples sont d'humeur égale et possèdent l'art de vivre en paix.

2. LA PAROLE DE DIEU

La simplicité est divine, c'est la sagesse de l'Esprit, dit le Psalmiste; Dieu est à l'œuvre au cœur des simples. Le Psalmiste dit: " La loi de du SEIGNEUR est parfaite, elle restaure l'âme; le témoignage du SEIGNEUR est sûr, il rend sage l'ignorant." (Ps 19:7)
La simplicité est la condition préliminaire pour entrer dans le royaume de Dieu. Jésus appela un petit enfant auprès de lui et le plaça devant ses disciples. Et il dit: " En vérité je vous le dis, si vous ne vous convertissez  et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux. " (Mt 18:2-3) Dieu révèle les mystères de son Royaume aux simples; illettrés, pêcheurs  aordinaires et bergers étaient les gens pprédestinés à recevoir le message de Dieu. " Je te rends grâce, Père, Dieu du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et de ce que tu les as révélées aux petits enfants. " (Mt 11:26)
Saint Paul présente la simplicité  comme une sincérité divine en communion avec autrui, à l'inverse de la mondanité. (2 Cor 1:12) Dans sa lettre aux Romains, il la présente comme un acte de bienveillance.  Ainsi, il exhorte: " Que celui qui donne, qu'il le fasse avec simplicité; que celui qui préside le fasse avec zèle; que celui qui pratique la miséricorde le fasse avec joie. " (Rom 12:8)
Les premiers chrétiens étaient des exemples vivants de simplicité. Ils menaient une vie centrée sur Dieu, ils connaissaient le ravissement de la conversion du cœur et ne comptaient pas sur leurs propres forces ou leur propre sagesse. " Ils étaient chaque jour tous ensemble assidus au temple, ils rompaient le pain de maison en maison, prenant leurs repas avec joie et simplicité de cœur. " (Acts 2:46) Leur unité et leur esprit de détachement étaient vantés des incroyants eux-mêmes.
" Les croyants n'étaient tous qu'un seul coeur et une seule âme. Nul ne  disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais tout était commun entre eux. " (Actes 4:32) Nous devons préserver le patrimoine spirituel de la première communauté chrétienne de peur que la corruption ne s'y infiltre. Paul nous met même en garde contre la corruption dans sa seconde lettre aux Corinthiens: " De même que le serpent séduisit Ève par sa ruse, je crains que vos pensées ne se corrompent et ne se détournent de la simplicité qui est en Christ. " (2Cor 11-3)
Simplicité signifie aussi modération. Il n'est pas juste d'utiliser un langage trop élogieux ou trop abject envers soi-même. La modestie est la règle d'or. La simplicité du langage, l'usage d'un bon langage et d'un comportement correct sont d'autres traits aimables de la simplicité. Dieu reste toujours pur,  et de même la vérité est indestructible. Aucune vérité ne peut être défendue par des tactiques artificielles. La splendeur de la vérité est éclatante par elle-même.

3. LES PAROLES DE FRANÇOIS

François définit la simplicité comme étant un acte de charité pur et simple n'ayant en vue que d'obtenir l'amour de Dieu. (CS) Notre coeur est simple lorsque nous n'avons d'autre but dans tout ce que nous faisons ou désirons. (CS) C'est pourquoi je dis qu'il est nécessaire de ne rien demander ni rien refuser, mais de s'en remettre à la divine Providence sans nous préoccuper de nos désirs, si ce n'est de vouloir ce que Dieu veut de nous... Notre perfection consistera entièrement à mettre ce point en pratique." (EA)
Ainsi, il encourage la pratique " des meilleures vertus et non des plus estimées, des plus sublimes et non des plus spectaculaires, des plus excellentes et non des plus voyantes. " (IVD) Les "Conférences spirituelles"  de François mettent en relief l'importance de la simplicité. Elle est "inséparable de la charité, surtout du fait qu'elle regarde directement vers Dieu" (Vol.1) sans aucune adjonction d'intérêt personnel. Dieu seul compte.
François commente sur la simplicité extérieure en la déclarant très adaptée à toutes les occasions. François évoque le comportement humain de tous les jours, ce qui est de bon ton dans  l'habillement et l'apparence extérieure. Gardez-vous bien des affectations, des vanités, des curiosités et des frivolités. Autant qu'il est possible, tenez-vous toujours du côté de la simplicité et de la modestie, sans vous soucier du grand ornement qu'est la beauté,  car elles sont la meilleure excuse pour le manque d'attrait. " (IVD) La personne simple l'est dans son vêtement, dans ses paroles et dans son maintien, dans tout son style de vie. " Les personnes âgées paraissent parfois ridicules quand elles cherchent à se rendre jolies. Ce genre de folie est tolérable chez les jeunes. " (IVD)
La modération dans le vêtement selon son état de vie ne doit pas nécessairement être visible, elle peut être discrète tout en étant appréciée. Quant à lui, il affirme: " Je ne voudrais jouer ni au fou ni au sage. Car si l'humilité me retient de jouer au sage, la simplicité et la franchise en revanche me retiennent de même de jouer au fou. Si la vanité est le contraire de l'humilité, la duplicité, l'affectation et la prétention s'opposent à la franchise et à la simplicité. " (IVD)
La perfection consiste en l'union avec Dieu. Ce n'est pas tant le fait de connaître Dieu mais d'être en Lui. Pense à Dieu et tu deviendras divin. La simplicité doit être pratiquée dans toutes les dimensions de la vie, dans la prière, les conversations, les activités - il s'agit seulement d'accomplir  la volonté de Dieu, au point que notre volonté devienne conforme à la volonté de Dieu.

François recommande la simplicité pour le perfectionnement de nos âmes. " Je vous recommande la sainte simplicité..." (EA)
Le monde peut vous détester, les critiques peuvent vous insulter, les ennemis peuvent vous détruire, mais votre simplicité vous gardera divins devant le monde et sage devant autrui.
Car si l'humilité me retient de jouer au sage, la simplicité et la franchise en revanche me retiennent de même de jouer au fou. Si la vanité est le contraire de l'humilité, la duplicité, l'affectation et la prétention s'opposent à la franchise et à la simplicité. " (IVD) La perfection consiste en l'union avec Dieu. Ce n'est pas tant le fait de connaître Dieu mais d'être en Lui. Pense à Dieu et tu deviendras divin. La simplicité doit être pratiquée dans toutes les dimensions de la vie, dans la prière, les conversations, les activités - il s'agit seulement d'accomplir  la volonté de Dieu, au point que notre volonté devienne conforme à la volonté de Dieu.

4. LA PRATIQUE QUOTIDIENNE

Développez un style de vie simple. La simplicité est plutôt une disposition intérieure qui embellit la totalité de la personne.
L'importance de la simplicité ne pourra jamais être suffisamment soulignée. Pour être authentique, il faut avant tout accepter le fait de notre condition humaine. "Être qui nous sommes" naît de l'humble prise de conscience que nous sommes loin d'être parfaits. C'est reconnaître que notre progrès en vertu n'est ni rapide ni permanent. Être qui nous sommes consiste simplement à accepter notre nature complexe et pécheresse. Saint François note avec délicatesse: "Rien n'est simple, mais Dieu est simple, libre de toute adjonction, dilution ou composition. " (CS) Une personne simple fixe son esprit sur Dieu et met tout son temps, son intérêt et son énergie au service de Dieu et de son Royaume; sa vie sera en conséquence admirable. Une personne simple est comme Dieu, simple dans son esprit et dans son coeur, simple dans ses paroles et dans ses actes. Son comportement extérieur sera le reflet de sa disposition intérieure. Tout ce qu'elle a est centré sur Dieu.
Beaucoup de gens trouvent cela difficile ou simplement naïf, pourtant la simplicité est une vertu qui plaît à Dieu et à tous. Vincent de Paul n'avait qu'un objectif dans la vie: être simple en toute chose. Il voyait en cette vertu une valeur digne de haute estime. Il s'inspirait de la simplicité de Saint François de Sales et la pratiquait lui-même de façon sublime. La simplicité incite au respect et à l'amour de l'humilité et à la connaissance de soi. La simplicité de la colombe et la prudence du serpent doivent s'harmoniser en bonnes proportions. Quant à la pratique de la simplicité, le Christ disait à ses apôtres d'être sages autant que simples: "Je vous envoie comme des brebis parmi les loups. Soyez donc rusés comme des serpents et simples comme des colombes." Mt 10:16)
En citant les Écritures  " soyez simples comme des colombes ", François nous enseigne: " Apprenez de la colombe à aimer Dieu en toute simplicité "; je veux dire ici en sorte de développer en vous-mêmes un plus grand amour du Ciel par la simplicité de votre coeur. (CS) Une personne simple n'a d'autre but que l'amour pur de Dieu. (CS)  Soit que nous priions, méditions, travaillions ou étudiions, que tout soit fait uniquement pour l'amour de Dieu.
La simplicité n'est pas non plus à confondre avec la naïveté. François conseille d'être bons et simples plutôt que subtils et malveillants. La simplicité est un don de Dieu qui peut se pratiquer au quotidien. François la nomme " la sainte simplicité ". Elle nous permet de vivre dans notre société compliquée sans nous laisser salir par la mondanité. Elle nous délivre des tendances extravagantes et des manières rusées du monde. Elle nous permet d'être de généreux et joyeux donneurs afin de construire une société juste et paisible. Le partage et le souci d'autrui nous aident à pratiquer les petites vertus d'humilité et de patience ainsi qu'à approfondir notre vie intérieure.
Dieu inspire les simples de coeur à être prudents et à faire face audacieusement aux aléas de la vie. On pourra rire de leur simplicité et de leur naïveté, pourtant, la simplicité est supérieure à toutes les subtilités de la ruse.
La simplicité consiste à voir la vie avec les yeux d'un enfant, en étant simplement ce que vous êtes; dépourvus de toute duplicité, c'est cela la transparence. Un simple mot est prononcé en une seconde, mais son impact peut affecter une vie entière.
La simplicité favorise la liberté intérieure. C'est l'art du lâcher prise de l'attachement et de la propriété désordonnés. La simplicité est affaire d' " être " plutôt que d' " avoir". La simplicité régule notre relation à Dieu, à nos voisins, à nos biens matériels. La société moderne est prise entre le feu du désir de puissance et celui du poids des responsabilités  Jésus nous enseigne par ses paroles et par ses exemples comment nous libérer de cette manie de convoitise. La simplicité nous rend capables de mener des vies dans une plus grande intégrité.
La simplicité ne requiert pas de connaissances scientifiques ou de capacités supérieures mais un esprit et un coeur ouverts et réceptifs. La pratique de la simplicité n'est pas si simple, mais elle est possible en tous lieux et en tous temps.
  • Considérez-vous que la simplicité pourrait être une vertu pour vous ?
  •  Comment la simplicité peut-elle favoriser l'intégrité du développement personnel en communauté ?
  • Comment la richesse et les manières pompeuses handicapent-elles une vie de simplicité ?

V - L'HOSPITALITÉ


La vertu d'hospitalité est une attitude du cœur. L'hospitalité établit des relations. Elle accueille non seulement les amis mais aussi les étrangers. L'hospitalité met les gens à l'aise comme chez eux. Elle implique l'ouverture et l'attention aux autres.
Le mot grec xenos signifie "étranger", mais aussi "invité " et "hôte". Philoxenia veut dire amour des étrangers (Rom 12:13). L'hospitalité est  aussi comprise comme moyen d'honorer et de prouver à Dieu son amour en répondant aux besoins des pauvres (Prov 14:31)..


1.  L'HOSPITALITÉ 


Vous avez sûrement fait l'expérience d'être invité à un repas par un ami ou un parent qui vous a alors généreusement accueilli. Un repas partagé est indubitablement une marque d'hospitalité. Prenons l'exemple de Marthe et Marie dans l'évangile de Luc (10:38-42). Marthe n'est pas simplement occupée, mais sa charge la rend anxieuse; Marie,, d'autre part, est calme et attentive. Elles sont toutes deux hospitalières: Marthe manifeste son hospitalité en accueillant Jésus dans sa maison, mais Marie l'accueille dans son cœur. L'hospitalité nous fait poursuivre notre activité en y aménageant la disponibilité afin de déployer un maximum d'hospitalité. L'hospitalité implique l'attention à l'autre et à ses besoins.

C'est une attitude du cœur, qui nous ouvre à l'amitié et à la relation de personne à personne. C'est une vertu typiquement salésienne qui découle des maximes de Saint François de Sales. Elle mène de l'hostilité à l'hospitalité.

L'hospitalité représente un grand défi dans notre société individualiste. Elle induit aussi une transformation intérieure: le souci devient joie, l'individualisme se fait communion. L'hospitalité nous lie tout en permettant la liberté. Elle nous fait nous intéresser aux autres plus qu'à nous-mêmes. Elle marque aussi notre attention aux besoins d'autrui. Jésus s'occupait des besoins des malades, des affamés et des indigents.

Le coeur de l'hospitalité consiste dans la découverte du divin en chacun. Cela signifie donner à manger à l'ennemi qui a faim et à boire à l'assoiffé; traiter encore les amis et les ennemis sur un même pied, généreusement et gratuitement.


2. PAROLE DE DIEU


La Bible fait de l'hospitalité une obligation morale, la tenant en haute estime et indiquant comment l'hôte doit être traité. L'histoire d'Abraham en est un exemple typique. Le premier livre de la Bible, la Genèse, présente Abraham et Sarah comblant leurs hôtes (Gen 18:1-8). Habituellement, on prépare avec plaisir une fête pour ceux dont l'identité nous est connue. Abraham, quant à lui, accueille généreusement " trois étrangers " (Gen 18:2, 22; 19:1) qui se révèlent voyageurs. Le passage " Ne néglige pas de faire preuve d'hospitalité envers les étrangers, car ainsi certains ont reçu des anges sans le savoir " (Heb 13:2) illustre ce point.

Le peuple de Dieu lui-même était autrefois fait d'étrangers et d'esclaves (Deut 10:19). Le Lévitique prescrit d' " aimer l'étranger comme soi-même " (19:34). Les Israélites, en tant que peuple de Dieu attaché à la Loi mosaïque, avait le sens de son devoir de générosité:

" Si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger; donne-lui de l'eau à boire; car ce sont des charbons ardents que tu amasses sur sa tête et le Seigneur te récompensera. (Prov 25:21-22) Le Lévitique le confirme: " Si un étranger vient séjourner avec vous dans votre pays, vous ne l'opprimerez point. Vous traiterez l' étranger comme un indigène du milieu de vous; vous l'aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers dans le pays d'Égypte. " (Lev 19: 33-34)

Jésus lui-même profitait de l'hospitalité de beaucoup de gens (Mt 10:9-10). L'Église des premiers siècles était réputée pour son hospitalité. Les premiers chrétiens aussi dépendaient de l'hospitalité et la recevaient des autres (Actes 2:44-45). La Bible relate maints exemples dans le contexte de repas partagés et d'hospitalité appréciée; cela faisait partie de la mission de Jésus. L'évangile de Luc présente Jésus comme étant la " visitation " de Dieu à l'humanité entière. Jésus est donc " l'hospitalité de Dieu ". Dès que nous manifestons notre hospitalité envers Jésus, nous devenons plus humains et l'étendons à toutes les personnes dans le besoin. La visite de Jésus à la maison du collecteur d'impôts Zachée (Lc 19:1-10) et la frappante hospitalité qui lui est faite illustre notre argumentation.   

L'hospitalité est caractéristique de la spiritualité chrétienne. L'Église ne connaît pas d'étrangers; elle enseigne bien plutôt l' "amour des étrangers " (Heb 13:1-2). La Bible abonde en enseignements sur l'hospitalité. Paul exhorte de bien traiter nos frères dans la foi (Rom 12:3; 1Tim 3:2). L'hospitalité biblique n'admet pas de récriminations, de plaintes ou d'attente de récompense (1Pet 4:9; Prov 19:17).  

Jésus s'identifie aux affamés, aux assoiffés et aux étrangers: " Car j'avais faim et vous m'avez donné à manger, j'avais soif et vous m'avez donné à boire, j'étais étranger et vous m'avez reçu, j'avais besoin de vêtements et vous m'avez vêtu, j'étais malade et vous vous êtes occupés de moi, j'étais en prison et vous êtes venus me visiter ". (Mt 25:34-36)

On nous exhorte à traiter généreusement les veuves, les orphelins (1Tim 5:1-16), les incroyants, les pauvres et les nécessiteux (Lc 14:12-14),  les étrangers, les immigrants, les réfugiés (Gen 18:1-22) et même les ennemis (Rom 12:20) comme s'ils étaient membres de notre propre famille. Ceci est corroboré par les paroles mêmes de Jésus: " Quand vous donnez un dîner ou un banquet, n'invitez pas vos amis, vos frères ou vos parents, ou encore de riches voisins, de peur qu'ils vous invitent à leur tour en remerciement. Au contraire, quand vous donnez une fête, invitez les pauvres, les handicapés, les paralysés, les aveugles, et vous serez bénis, car ils ne pourront pas vous rendre. Ainsi, il vous sera rendu à la résurrection des justes." (Lc 14: 12b-13)

L'hospitalité chrétienne obéit à l'esprit de Jésus, qui accueillait les enfants et les adultes, les pécheurs comme les saints, les bien portants comme les malades, les repentants et les non-repentants tous de la même façon. L'enseignement de Jésus sur l'hospitalité atteint son paroxysme quand il exhorte à inviter les pauvres, les handicapés, les paralysés et les aveugles. " (Lc 14:13) Vous y gagnerez bénédiction et récompense éternelle au Ciel. (Lc 14:14) Le Sermon sur la Montagne trace clairement le chemin du Salut: " Venez, vous les bénis de mon Père, héritez du Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde... En vérité je vous le dis, ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait." (Mt 25:34-36, 40)

L'unique hospitalité de Jésus se trouve dans l'Eucharistie. Nulle part ailleurs ne se trouve plus grande hospitalité et plus grande fraternité que là: " Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en Moi et Moi en lui." (Jn 6:56)  Ce qui a lieu à l'Eucharistie est un partage et un recevoir intimement existentiels. C'est confirmé dans les Actes des Apôtres: " Ils étaient chaque jour tous ensemble assidus au temple, ils rompaient le pain dans les maisons et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur." ((Actes 2:26) Par le partage du pain et de leur amitié, leurs maisons se changeaient en églises domestiques dont les portes ouvertes accueillaient même les étrangers.     

L'hospitalité de Marie, aussi, est une leçon lumineuse pour nous. Marie se hâte au début de sa grossesse de rendre visite à Élisabeth pour la servir. Élisabeth reçoit Marie à bras ouverts, discernant la grandeur de son hôte divine.  De la même façon, Marie accueille les bergers et les Sages venus de l'est pour rendre hommage à son Fils Jésus.

Les noces de Cana révèlent encore le cœur généreux et hospitalier de Marie. Émue de compassion, elle s'engagea pour sauver l'hôte de la noce d'un immense embarras, en demandant à Jésus d'intervenir. Il existait dans l'Église des premiers siècles un courant de camaraderie et d'hospitalité. C'était à proprement parler un ministère d'abnégation imité du Christ. (Actes 2:44-47) Saint Paul presse sa communauté d'être bonne et accueillante. (Rom 12:13) Saint Pierre exhorte ses disciples à être charitables envers les étrangers. (1Pet 4:9) L'hospitalité révèle notre bonté profonde. Les épisodes bibliques dans lesquels les rôles d'hospitalité s'inversent comme nous l'avons vu à Cana (Jn 2:1-11), ou lorsque Jésus devient l'hôte de Zachée (Lk 19:1-10) sont de frappants exemples d'hospitalité authentique. On trouve ainsi expliquée la nature sacrée de l'hospitalité.



3.  PAROLES DE FRANCOIS



La spiritualité salésienne met en lumière la vertu d'hospitalité.  St François de Sales l'expose succinctement lorsqu'il décrit les deux ailes de l'amour: l'amour de complaisance et l'amour de bienveillance. L'amour de complaisance se délecte de la présence de l'aimé, tandis que l'amour de bienveillance prend égard aux besoins de l'aimé. Ce sont les deux facettes de la vie: le faire et l'être.  Si nous savons trouver l'équilibre entre l'oubli de soi et la préoccupation de soi, nous sommes en bonne voie (Lc 10:38-42). Faire fusionner harmonieusement les phases contemplative et active de la vie constitue une démarche infaillible de progrès spirituel.

À propos de l'hospitalité, François cite en exemple Rahab, qui portait la pratique de l'hospitalité à son comble de gloire (Josh 6; Heb 11:31). (IVD) Ce qui rend l'hospitalité digne d'être aimée, c'est la ferveur et la charité que nous y apportons.

Rien ne plaît plus à la majesté divine que la bonté et l'hospitalité. François presse les Visitandines d'être hospitalières dans un esprit de parfaite et sainte indifférence, leur recommandant de ne rien demander ni de ne rien refuser. (EA)


MAXIMES HUMORISTIQUES DE ST FRANCOIS DE SALES

Soyons ce que nous sommes et soyons le bien, en sorte d'honorer le Maître Artisan dont nous sommes l'oeuvre. On riait du peintre qui, voulant peindre un cheval, présenta un taureau parfait; l'oeuvre était peut-être belle en elle-même,  mais sans crédit pour l'artiste, dont le projet avait été différent et qui avait réussi ce tableau par pure chance.  Soyons ce que Dieu veut que nous soyons, pourvu que nous Lui appartenions, et ne soyons pas ce que nous aimerions être contre Son intention. Quand bien même serions-nous des créatures parfaites sous le ciel, à quoi cela nous servirait-il si nous n'étions pas tels que Dieu nous veut ? (EA)  

Quant à ceux qui se font des soucis pour l'avenir, il les exhorte à considérer l'instant présent comme le seul temps qui soit réellement sous notre contrôle. François ajoute: Soyons fermement résolus à servir Dieu de tout notre cœur notre vie entière. Au-delà de cela, ne nous soucions pas de demain. Pensons seulement à bien vivre aujourd'hui, et quand viendra demain devenu l'aujourd'hui, il sera temps d'y penser. En tout cela nous devons avoir grande confiance et nous reposer sur la Providence de Dieu. Nous devons faire une provision de manne suffisante pour la journée, sans plus. Ne doutons pas que Dieu pourvoira pour nous demain, après-demain et tous les jours de notre pèlerinage.
Dans les volumineux écrits de François  nous pouvons détecter un équilibre ou l'évitement de tous les extrêmes. Il ne veut pas que nous surestimions le pouvoir de l'intellect ni que nous sousestimions la capacité du coeur. Tandis que l'intellect est calculateur, le coeur est le siège de l'amour et le centre de l'unité. La spiritualité salésienne, faite pour la vie pratique au quotidien,  laisse Dieu illuminer à la fois l'intellect et le coeur. C'est une spiritualité du coeur qui encourage tout un chacun à être pleinement humain entre les mains de Dieu, à " fleurir là où l'on est planté " et à "être ce que nous sommes et à l'être de notre mieux. " (EA)

4. PRATIQUE QUOTIDIENNE

Si nous sommes hospitaliers, nous nous focaliserons sur un esprit positif et nous arriverons à la conclusion que l'univers est au fond vivable et qu'il mérite d'être aimé. Parfois l'hospitalité exige de sortir de ses frontières et de briser l'esprit de parti-pris et les coutumes sociales établies. D'autres fois cela demande de cultiver des idées qui pourraient nous être étrangères. Notre hospitalité embrasse le pluralisme qui est la condition naturelle du monde, et elle célèbre la diversité de la création. La pratique de l'hospitalité est un moyen pour neutraliser notre tendance naturelle à juger. C'est un moyen pour engendrer la paix dans notre monde grevé de conflits.
En Orient, l'hospitalité est une vertu très haut placée du fait qu'elle reconnaît le caractère divin de ses hôtes. Elle  devient un devoir sacré, un "yajna", un sacrifice, un don de soi à l'hôte.   Il en résulte que les portes s'ouvrent, non seulement celles des maisons mais aussi celles de cœurs. Les accueillir ainsi doublement les fait entrer dans nos vies. Ainsi, l'hospitalité se développe en spiritualité du cœur.

L'hospitalité, le souci d'autrui, nous crée des amis. Nous cultivons une approche globale des pauvres et des riches, des pécheurs et des saints, des malades et des bien-portants. D'où cette exhortation des apôtres à pratiquer l'hospitalité.
L'hospitalité est un réseau glorieux de relations, une marque de don de soi. Elle met en valeur la tolérance, réduit la tendance à critiquer les autres et à se venger d'eux; elle encourage la confiance et ouvre nos cœurs et nos esprits à de nouvelles personnes et de nouvelles idées. La véritable hospitalité nous permet de nous sentir libres, comme chez nous, sans êtres liés. L'hôte offre son amitié de telle façon que vous n'êtes pas sur vos gardes et pouvez être vous-mêmes. Quand celui qui reçoit et celui qui est reçu s'ouvrent à de nouvelles perspectives de pensée et de discussion, l'individualisme exagéré disparaît. Il s'agit aussi de l'art de savoir accueillir ses amis. C'est ainsi que l'hospitalité peut enrichir des vies.
Thirukkural, œuvre tamile classique de la littérature Sangham, est composée de 1.330 couplets (kurals) écrits vers 150 av. J.-Chr. Elle est supposée avoir été écrite par Thiruvalluvar et accorde à l'hospitalité une place prépondérante. Les Upanisads eux-mêmes considèrent comme un acte divin l'hospitalité offerte aux hôtes. Les sâdhus, moines itinérants hindous ou bouddhistes, étaient généreusement hébergés par le peuple. Le Dhamapada, essence de l'enseignement de Bouddha, exhorte à la générosité et à la compassion. Les Bouddhistes ne connaissent qu'une seule passion, précisément la compassion !
L'hospitalité est un signe louable du christianisme en actes. Elle donne aux gens un sentiment d'importance et est un acte d'amour et de générosité- Notre monde serait paradisiaque si nous nous mettions à pratiquer cette noble vertu.
La tradition chrétienne d'hospitalité se pratique par l'accueil cordial de l'étranger au sein de notre famille et traité comme l'un des nôtres. Pourquoi n'en ferions-nous pas une métaphore pour notre mission qui est d'ouvrir nos cœurs à nos frères et sœurs dans l'esprit du Christ. Dans notre société multiculturelle, nous sommes confrontés au défi suivant: Comment traitons-nous dans nos communautés et dans nos pays les personnes de nationalités et de races différentes des nôtres ?

  • Jusqu'où va votre hospitalité envers les autres - votre propre famille ? vos parents ? vos amis ? votre voisin ? les malades ? les esseulés ?
  •   Quel est votre accueil des étrangers et nouveaux venuspour en faire des amis ?
  • Comment pouvons-nous cultiver l'hospitalité pour en faire le sceau de notre communauté ?